12 décembre : Pour la route…

Comme d’habitude, elle se plie, mais à la huitième semaine du marathon, elle est à deux doigts du « Divantalvic« .  Autant dire que c’est la fin. Elle remballe.

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Elle roule les toiles. Les carrées. Les grandes. Les longues  et les verticales ensemble. Trois longs rouleaux.
Elle est contente. Elle a son compte. De toiles, d’images plein les yeux, de coulisses pas fréquentables d’une ville qui prend l’énergie de tout ce qui lui frôle le  béton.
Elle a son compte et ne se plaint pas, ni des temps de transport trop longs, des journées et des nuits trop courtes, des rues trop polluées, des idées de vacances abandonnées : Canton, Guilin… même Shanghai. Le manque de temps aura bouffé ses vacances, pas ses toiles. Ce n’est pas grand-chose.
Elle se plie et les lombaires protestent, pas contentes d’avoir échappé au massage, pourtant de rigueur dans ce pays où le nirvana vous fait retrouver pour une minuscule pincée de dollars la  verticalité du fil à plomb.
Elle se plie, entoure les rouleaux de toiles d’une épaisse bâche plastique de tous les bleus, étiquette chaque tube ainsi confectionné… pour la route par les airs.
La peinture non utilisée servira au barbouillage des mômes dans une école. Elle a « signé » et « marqué » deux toiles qui restent à Hong Kong,
Ce ne pouvait être celle peinte le 19 novembre à Aberdeen, le jour où Corinne est partie rejoindre le sable d’une île des Maldives. Cette toile-là, elle venait de la finir lorsque je l’ai appelée pour lui dire que Corinne avait lâché prise.

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La dernière toile peinte pendant que Corinne était encore en vie, elle y tient trop. Alors, elle l’emporte, celle-là, elle ne pèse pas du même poids, toute roulée qu’elle est avec les autres. Ce sera ça, aussi, Hong Kong, une fois pour toutes, l’endroit où elle se trouvait quand Corinne, l’amie, la plus que sœur, qui écrivait pour elle et aimait ses toiles, s’est barrée de la planète.
Elle serre bien la dernière bâche.
L’expo Made in Hong Kong pèsera un peu moins de 100 kilos dans le ventre du cargo, 68 milliards d’octets pour les photos et 230 milliards pour la vidéo dans les disques durs de l’ordinateur, des années dans l’agenda des souvenirs. Elle aura l’inoubliable gaieté d’une sacrée fiesta quand elle dévoilera tous ses dessous.
Le voyage ici va recommencer dans quelques mois là-bas.
En compagnie d’une valise, d’un carton géant contenant les deux lampes-studio achetées dans une quincaille de Hong Kong, des livres, l’imprimante, les trois tubes de toiles disparaissent dans la pénombre javellisée de néons d’une ville-entrepôt où les conteneurs semblent aussi hauts que les immeubles de la baie de Hong-Kong.
Elle se redresse machinalement, à nouveau droite comme un  I, en zoomant sur la tôle couleur pistache d’un cube où de grandes lettres blanches prétendent faire concurrence à ce qui restera toujours de son séjour ici: MADE IN HONG KONG.

Chntal Pelletier

Site Internet de Chantal : http://chantalpelletier.free.fr
Le blog de Chantal : http://chantalpelletier.hautetfort.com/

3 réponses

  1. Quel magnifique texte de Chantal Pelletier, la fin du voyage… on va le vivre un peu quand les 100 kg de toiles et les milliards d’octets vont quitter le ventre du cargo… bienvenue à la maison… mais le journal de Hong Kong va nous manquer. Bises Esther

  2. RAOUL dit :

    Ah non ! encore un peu !!!!!!!!!!
    Ce « quotidien » hongkonguais (?) va nous manquer !!!
    Et ces « plumes » qui ont su tellement bien nous faire participer à ces aventures tantôt tintinestes tantôt jack-londonestes, vont-elles se taire à jamais ?
    NON !!! vite, vite nous attendons votre retour avec impatience
    bises
    raoul et mimi

  3. Charles GUY dit :

    Merci, Esther, merci Mimi et Raoul…
    Le blog hongkongais va aussi nous manquer, car il marque la fin d’une histoire…
    Ce n’est que pour mieux en commencer une autre…
    A très vite sur le net et dans le réel…

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